La Vie d'après (suite 6) extrait du roman autobiographique de M.Y. à paraître (tous droits réservés)
21H50 Mardi 6 novembre 2007 – message vocal de J.-B. : - M., J’ai regardé ton sms, je ne veux pas que tu te fasses de souci, je ne veux pas que tu te stresses, il y a plein de choses qui n’ont pas d’importance, voilà. Alors, moi, mon amour je te le donne tel que tu es là aujourd’hui, pas avec l’image simplement de ce que tu étais sur la plage, aujourd’hui, toi, toi-même et toi seul. Et donc voila, et même si le traitement dure longtemps, et alors quelle importance ? Je ne veux pas que tu te traumatises, que tu te mettes dans le désarroi comme ça. L’amour que je te donne il est pour toi aujourd’hui dans cette prison, tel que c’est là, je sais que ce n’est pas facile parce qu’il y a plein de paramètres. Je fais attention pour respecter O. aussi, parce qu’O. n’est pas un salaud, c’est quelqu’un auquel je dois faire attention. Je sais que ce n’est pas facile pour toi, et ce n’est pas un trio que je propose. Je ne veux pas que tu te tortures, que tu te mettes mille idées en tête. Je te rappelle tout à l’heure, un peu plus loin, si tu réponds. Mais ne t’inquiète pas. Ne te fais pas de mal parce que ça ne sert à rien. C’est comme ça. Allez, je te serre fort dans mes bras et je t’aime très fort. Je te fais mille bisous, mille bisous, allez à tout à l’heure.
Notre histoire démarrait cependant avec de lourds handicaps. Oui, notre relation démarrée sur les chapeaux de roues et précipitée dans le contexte de ma rude maladie ne fut pas épargnée par les autres. Ça, non ! Les soi disant amis, les bien pensants (pourtant bien déguisés pour certains) se révélèrent d’une férocité inattendue, me plongeant un peu plus dans l’état de solitude auquel ce type de pathologie ne manque pas de confronter. Les « je t’aime » d’Ida (celle que vous preniez presque pour une seconde mère!) pesèrent peu face aux critiques liées à la rupture avec L. :
- Ne mets-tu pas J.-B. à la place de L. j’ai cette impression ?
Ma façon de rompre n’était pas « clean ». Savait-elle seulement comment nous avions rompu ? Mon sms était tout aussi clean que de violentes disputes (Merci j’avais donné) : j’en veux pour preuve cet extrait :
SMS à L ; du1/11/2007, à 15h50 : - J’espère que tu ne garderas pas qu’amertume de notre histoire qui comporte de beaux passages. Ma maladie a changé la donne, complètement. Et ma guérison doit se faire dans un environnement paisible et une atmosphère apaisée. Je me rends compte à quel point j’ai besoin de la présence de mes parents, quant à J.-B., ma maladie a été un accélérateur d’une attirance mutuelle qui n’a échappé à personne. Dans la période grave que je traverse, il m’a proposé son aide et je l’ai acceptée. Ne soyons pas plus bêtes que les autres […] Faisons-en sorte que ce soit le moins douloureux possible pour tout le monde […] M.
Et puis, Ida connaissait-elle une méthode universelle de rupture??? Je n’avais pas voulu voir L. à l’occasion de ma première et inattendue « permission », je ne retrouvais pas un peu de liberté pour la perdre aussitôt, c’était un réflexe vital.
Un peu plus tard, en décembre, abandonné par quelques-un(e)s qui se disaient mes amies, mes « sœurs » même ( !), j’envoyais une lettre à Ida afin de tenter de rompre le silence qu’elle m’imposait et qui sous-entendait un parti pris manifeste pour L. :
-Ma chère Ida,
Depuis les quelques semaines passées où tu ne m’appelles plus, je suis triste, d’autant, tu t’en doutes, qu’ici le temps pour moi est long, privé de la visite de mes amis, presque tous dans le Sud Ouest depuis près de huit ans ! Ida, je ne cherche pas à te culpabiliser, mais je m’interroge, pourquoi es-tu en retrait ? C’est sur, je n’étais pas ravi de t’entendre me dire, alors que je sortais tout juste de ma première chimio (qui m’avait fait maigrir considérablement, perdre mes cheveux et mon moral), que j’étais « dur » avec L. ! Ça m’est resté en travers de la gorge tout comme le fait que tu ne veuilles rien entendre à son sujet. Certes, c’est ton ami, mais ne me disais-tu pas que je l’étais, moi aussi, n’étais-je pas « ton M. » ? M’as-tu donné la possibilité d’évoquer avec toi ses « travers » qui m’ont conduit à rompre ? Non, tu n’as voulu voir uniquement le fait que je « n’étais pas seul » et que j’avais J.-B. à mes côtés… Mais je vais te dire : HEUREUSEMENT que j’ai reçu son aide. L. ne s’apprêtait pas à être à la hauteur, continuant de rejeter mes parents, d’être odieux avec eux quand j’étais cloué au lit par la maladie. Ida, j’ai passé l’été avec un mal de ventre épouvantable, L. a ajouté de la peine (et quelle peine !) à la dépression qui était déjà la mienne et je te le dis comme je le pense, il a fait le lit de ma maladie. Quand je pense qu’il raconte partout que lorsqu’il m’a connu « il m’a sorti du trou », que « sans lui je serai mort », je suis atterré ! Mais de quoi parle-t-il ? J’étais sentimentalement seul quand je l’ai rencontré, mais depuis des mois déjà pris en mains par le Pr Z.. Mes jours n’étaient pas comptés ! Je pensais cependant que jamais plus aucun garçon ne voudrait de moi par ce que j’étais séropo, à vingt-six ans ! Les premiers mois avec L. ont été fabuleux, mais petit à petit (et pas devant témoins), j’ai découvert ses crises. Des accès de violence terrible accompagnée de coups, Ida ! Ce que j’ai vécu est comparable à ce que vivent les femmes battues. J’ai vécu dans le silence pensant que la force de mon amour le changerait… Puis, au fil du temps l’espoir s’en est allé. J’ai mis des années à le convaincre de consulter un psy (je sais malheureusement que rien n’y a fait et qu’il n’a d’ailleurs rien confié de sa violence à sa psy !). J’ai connu les mise à la porte, les urgences où je me conduisais moi-même car il refusait de m’y emmener. Alors ne te fie pas aux apparences, à la grande piscine, au bronzage, avoir été le compagnon de L. n’a pas fait de moi un garçon gâté ! Je pousserai la confidence un peu plus loin encore, L. a vécu, à Bordeaux, entièrement à mes frais. J’ai tout assumé de notre train de vie. L’aide que j’ai reçue m’est venue de mes parents et au Moulin, il fallait encore que je paie ma part de courses ! J’ai beaucoup donné, je suis loin d’être un ingrat. Tu comprendras, qu’après les chèques signés à ma place et les espèces retirées au distributeur avec ma carte bleue pendant que j’étais immobilisé à l’hôpital, ton laïus sur l’intégrité de L. me fasse beaucoup rire !!!
Tu comprendras que j’attends de mes amis, en tout cas ceux qui veulent le rester, qu’ils ne me fassent pas l’ombre d’un reproche quand, depuis ma prison à l’hôpital, face à moi-même et quoi que L. puisse prétendre sous l’influence de personne, mais seulement en l’observant, j’ai décidé que ça suffisait ! Cette décision est réfléchie depuis longtemps (différée depuis trop longtemps) et je m’y suis résolu par ce que je ne veux PLUS JAMAIS vivre avec quelqu’un de VIOLENT, aussi doux puisse-t-il être entre deux crises car cette violence au final c’est aussi de la brutalité, de l’irrespect qui se diluent dans le quotidien. J’allais finir emmuré à faire ce que font ses amis qui ne s’opposent pas à lui : tout accepter sans broncher.
Ida, il n’y a pas de fatalité. C’est bien fini d’en baver : ma vie ne sera plus jamais la même et j’entends bien me protéger de personnages jaloux et destructeurs.
J’espère que tu comprendras tout ce que ma pudeur a tu à mes amis pendant des années. Tu sais que la vie est composée de beaucoup d’apparences. Par ailleurs, il y a quand-même beaucoup de traits de caractère du bouillonnant L., si tu es honnête, que tu connais ! Pour un soir ou un week-end dans un joli cadre tout ça se supporte au mieux, au quotidien et la porte close, c’est une autre affaire Pour moi, même si elle est lourde, je tourne la page de façon déterminée et sans appel.
Tu peux toujours m’appeler. Je t’embrasse très affectueusement. M.
Jamais plus Ida ne se manifesta.