La Vie d'après (suite 4) extrait du roman autobiographique de M. Y. - tous droits réservés -
Entre-temps, la rupture se préparait. Très vite, je me rendis compte que je supportais difficilement la présence de L. à mes côtés. J’étais en effet enfermé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, du jour au lendemain, dans une cellule, j’en avais pris pour cinq mois (!) aux dires des médecins et il me fallait, chaque soir après le départ de mes parents (venus camper chez nos cousins à cent kilomètres de là), supporter sa présence silencieuse, sa certitude que c’était une fois de plus lui qui maîtrisait la situation, se faisant l’interlocuteur privilégié auprès des médecins, ne faisant aucun effort pour être plus humain et chaleureux avec mes parents et montrant quasiment les dents à J.-B. qui ne pouvait à peine franchir le seuil de ma chambre et dont chaque minute de sa présence m’était un véritable trésor.
Je ne pouvais supporter, au-dessus du masque (port obligatoire, j’étais en isolement) les yeux suppliants de L. qui, chaque soir, me demandaient si je l’aimais (pour ensuite se précipiter dans les cruising-bars de la capitale pour se taper tous les mecs qui voulaient de lui !). Il m’assurait que :
- La vie serait belle, encore plus belle après !
Mais de quelle vie parlait-il ? De la vie dont il avait chassé mes parents au printemps dernier, les insultant au téléphone depuis, chaque fois qu’une crise de nerfs lui venait ? De la vie cousue de jalousie qui lui faisait se passer pour moi sur les réseaux téléphoniques de rencontres gay pour savoir si je lui disais tout de mes aventures extraconjugales soi-disant acceptées ? De la vie qui consiste à me chasser encore et encore de sa maison landaise en me disant :
- Dégage, ordure !
Pour me supplier ensuite au téléphone de revenir.
De la vie qui consistait à se jeter violemment sur moi, incapable de se dominer, me projetant sur les portes ou contre le mobilier de la maison avec une force décuplée ? De la vie où l’on se retrouve en pleine nuit le visage en sang parce qu’on n’a pas réussi à échapper à un mauvais coup ? De la vie où l’on se retrouve sur la route, avec son chien, quelques fringues jetées au fond d’un sac de voyage, avec le cœur qui cogne, le corps ébranlé, le visage tuméfié et des sanglots plein la gorge ? D’une vie de terreur, de crainte, d’anxiété. D’une vie dominée par l’appréhension de se demander quand ce type de crise recommencera? D’une vie où le mal au ventre finit par être chevillé au corps en permanence, au point que l’on a la diarrhée tout le temps et que l’on finit par consulter son médecin et faire des analyses de selles?
Cette vie là, même si elle avait fini par être vécue dans un cadre luxueux (par ce que nous l’avions transformé), dans un matérialisme sans cesse grandissant et mâtiné d’une pingrerie de plus en plus visible, cette vie-là, non, même avec piscine, jacuzzi et salle de sport à domicile (entièrement équipée à mes frais), je décidais, au bout de quatre semaines passées à souffrir à l’hôpital, que je n’en voulais plus. L’épouvante devait cesser.
Je devais rompre et aussi donner à J.-B. toute la place que je voulais lui donner, même si lui ne voulait rien brusquer.
Oui, j’ai accepté l’aide de J.-B., celle-ci me sauvait et me protégeait d’un être qui m’avait enterré vivant, mais au de là je voulais pouvoir l’aimer et le laisser m’aimer (avec les conditions de ma maladie, c'est-à-dire avec une foule de contraintes et de restrictions – Quelle folie !). Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette aide, à neuf-cent kilomètres de son domicile et de son job, J.-B. la mettait en œuvre.
SMS de J.-B. du 9 octobre 2007, à 10h30 : - Ne t’inquiète pas, je suis là.