La vie d'après (suite 3) extrait du roman autobiographique de M. Y. - tous droits réservés -
Six semaines plus tard, je suis plongé dans l’enfer du cycle des chimios. Nous sommes le 16 novembre et j’en ai déjà subi deux. La première étant particulièrement douloureuse parce que tous les symptômes du lymphome étaient là et que j’étais à plat ; que je plongeais en « aplasie » (cette phase pendant laquelle les globules sont bas ainsi que les plaquettes) période pendant laquelle on s’expose à toutes les infections.
J’ai perdu en quelques jours toute la masse musculaire gagnée depuis le printemps, mes cheveux n’ont pas tardé à tomber et je me suis récupéré une face triste de clown blanc. Dès mon arrivée à l’Hôpital Européen Georges Pompidou, le Pr L. Z. m’annonça mon transfert prévu le lendemain à l’Hôpital Saint-Louis dans le service d’immunopathologie clinique du Pr H.. où elle m’assura que je recevrai les meilleurs soins, le service étant mondialement reconnu et spécialisé dans le traitement de mon lymphome. Elle me prévint que Saint-Louis, d’un point de vue hôtellerie, ne valait pas Pompidou, que par la suite je pouvais éventuellement finir mes soins dans son service mais que c’était la meilleure solution pour moi.
L’arrivée à Saint-Louis fut épique, on voulut à toute force me séquestrer dans une chambre double minuscule, tête dans le placard, lits à ce point serrés qu’en tendant le bras on peut toucher son voisin. Je refusais à toutes forces (celles qui me restaient) de rester dans cette chambre. Je craquais et fis là une crise de nerfs pendant qu’un interne me brusquait en me criant dessus :
- Monsieur, quel est le plus important ? Que vous soyez soigné ou l’hôtellerie où l’on vous loge ?
C’était au-delà de mes forces de supporter pareilles conditions et j’avais la sensation d’entrer dans un camp d’internement (d’autant que j’avais vu le précédent occupant du lit, justement cadavérique, porté sur un brancard pour être emmené dieu seul sait où…). Je chaussais mes lunettes noires et refusais que l’on me perfuse. L. appelait le Pr Z. pendant ce temps qui le pria de me convaincre de résister au moins le temps des deux premières cures de chimio. Finalement (sans doute parce que l’on savait que l’aplasie était proche tant j’étais épuisé par la saleté qui avait entrepris de me ronger) on m’installa dans une chambre seule. La chimio commença dès le soir même une fois les bilans faits : jamais on ne m’avait prélevé autant de tubes de sang (entre 30 et 40 !). Non, tout bien réfléchi, la cure de chimio ne commença pas le soir même mais le surlendemain, car il fallut d’abord réhydrater mes reins, je manquais de peu d’en perdre un et de commencer ma chimio sous dialyse.
Quand je dis que jamais je n’avais connu pareil enfer, je dis vrai. Mon corps fut précipité dans une lutte sans merci. Dans les jours qui suivirent je fondais de quatre-vingt à soixante-douze kilos. Pendant la première aplasie (cette phase périlleuse pendant laquelle le patient ayant subi une chimio se retrouve sans défenses immunitaires), ma gorge me fit un mal de chien, comme si un sabre y était coincé :
- C’est la mucyte, me disait-on, faites bien vos bains de bouche.
Et les bains de bouche n’y faisaient pas grand-chose. Je me sentis désespéré quand je finis par ne plus pouvoir rien avaler et que l’on m’alimentait par perfusion. Même l’eau ne passait plus ! Faire repartir la machine (déglutition, fonctionnement du tube digestif) ne fut pas aisé. Un merveilleux infirmier me donna ma première joie, une nuit, en me portant un yaourt nature glacé que l’avalais, sans sucre, à petites bouchées. Ce fut un instant de grâce.
19/02/08 - 20:39
Euh...
et t'en est ou maintenant ?
totolino